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Elise donne la réplique dans "Et si c'était vrai"

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             Rendez-moi donc ma liberté! J'ai eu, pendant longtemps, le sourire inutile de la femme imbécile qui est emprisonnée. Oublier, je dois tout oublier... Oublier de partir et de fuir. Oublier de travailler, quand il ne faut que survivre... Je dois jeter le voile et cracher dans le bénitier. Je veux réaliser les rêves que j'avais lorsque je n'étais qu'une toute petite fille...

            Trapéziste... Je me souviens, je voulais être trapéziste. J'aurais attaché deux cordes dans le ciel. Et je serais montée sur les nuages à l'aide d'une longue échelle. Ensuite, j'aurais skié en freinant sur l'écume des plus bas nuages. Je me serais doucement laissée tombée avec la pluie fine sur les toits. Les chats m'auraient montré le chemin nocturne qui mène à la fenêtre de ma chambre. Je me serais glissée bien au chaud sous la couette, et je me serais endormie dans un songe d'amour...

            Lorsque j'aurais ouvert les yeux, le monde n'aurait plus été le même. Ça aurait été un détail saugrenu, quelque chose que je n'aurais pas remarqué tout de suite. Un petit quelque chose, un rien, qui ne peut retenir l'attention que des rêveurs et des enfants - parce que les enfants rêvent toujours.

            La couleur peut-être. La ligne de l'horizon, bien définie comme à l'ordinaire, aurait délimité un ciel parfaitement rose, teinté de nuages violets, et la forêt aurait revêtu le bleu transparent des cristaux. Un Soleil énorme, et non loin de là, une planète gigantesque à demie cachée par le relief des montagnes fractales.

            Et moi, j'aurais regardé tout cela comme un artifice, avec admiration et respect.

 

            Silence.

 

            Il y a toujours en moi cette petite fille qui trouvait que le monde qui l'entourait était merveilleux. Il y avait le feu qui crépitait sur la terre féconde, qui produisait une fumée épaisse et noire, qui montait dans la nuit, vers les étoiles.

            Ces milliers d'étoiles qui scintillaient sous la voute céleste, je savais qu'elles masquaient des corps sombres sur lesquels prospéraient des civilisations éclairées. Il y avait là-haut, quelque chose qui ressemble à un cœur qui bat et qui palpite. Je m'imaginais l'amour qui unissait les Êtres. Je songeais à la beauté des paysages inaccessibles et extraordinaires. J'essayais d'imaginer la grandeur des sentiments qui devait faire vibrer les créatures de l'univers.

            C'était alors la porte ouverte aux rêves les plus fous. Et je savais que la réalité devait être encore plus belle, et dépassait l'entendement.

            J'étais comme une toute petite fleur au milieu des étoiles, et je songeais soudain que la planète qui m'avait donné la vie était, elle aussi, magnifique. La rivière coulait son lit aux reflets magiques en contrebas des pâtures; les lumières rouges d'un avion flirtaient avec la Lune, et disparaissaient dans la noirceur des nuages. La nature s'exprimait au plus fort d'une nuit d'été. Et c'était bien moi cette petite fille, qui s'émerveillait d'être heureuse. Et c'était bien moi. Cette petite fille. Qui s'émerveillait. D'être heureuse.

            J'ai grandi depuis.

            Les années et les grandes personnes ont essayé de me faire oublier mes rêves. On m'a dit: "Ne rêve plus! Tu dois tout sacrifier au paraitre, il faut être réaliste, on ne peut pas toujours décrocher la Lune". J'ai résisté. Et puis j'ai fini par faire semblant. Je me croyais autonome. Je pensais que je leur jouais un tour.

            Un jour, je me suis aperçue que je n'étais plus maître de moi-même. Je m'étais empêtrée dans le réalisme des têtes baissées. J'avais perdu ma bataille et rangé mes rêves au placard de l'enfance.

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